23 juillet 2015

Les 5 du Vin

Rosé futé, rosé affûté, rosé d'après l'été.

Balayons d'ores et déjà les préjudices, les commentaires acerbes, les mesquines jalousies de voisinages du genre « moi, contrairement, à d'autres, je fais du vrai rosé et sans coupage, monsieur ! ». Renvoyons dans leurs cordes respectives les experts qui vous assènent qu'il n'y a rien de nouveau dans votre nouvel article, et les avis « pros » qui considèrent que le rosé n'est pas un vrai vin, ou ceux qui déplorent que ce type de vin soit un envahisseur sur le marché. Insistons de nouveau pour affirmer que dans la déferlante rose qui inonde le marché cet été, il pourrait bien se glisser quelques grands rosés de terroir, que ce soit en Sancerre (Vincent Pinard) ou en Provence (Roselyne Gavoty), pour ne citer que deux classiques redécouverts récemment dans mes visites de caves. Terroir ? Oui mes seigneurs, car il n'y a pas que le fruit qui compte dans un rosé.

Cette trame, cette structure, cette indéniable morsure saline ou minérale, cette persistance infinie, fut-ce du Cinsault ou du Pinot, tout cela contribue de plus en plus à ranger le rosé dans la case des vins capables de tenir, de se garder au-delà de cinq ans, de se bonifier et de se boire même en hiver.

Et c'est justement là que je voulais en venir. Suite à un article sur Decanter, je suis les aventures de mon ami vigneron,Éric de Saint-Victor, visiblement bien entouré dans ses vignes et sa cave de Pibarnon. Oui, je sais, vous allez me faire le truc du grand tralala, me chanter l'air par trop habituel du  « encore un grand domaine, un vin cher, un vin de luxe, un vin de fric, un château hyper connu ». Pauvres arguments qui ne mènent à rien. Vous allez aussi probablement supposer que je suis le chargé des relations publiques d'une appellation qui a marqué mes débuts, celle de Bandol, la reine du rosé (au passage, je suis sûr qu'eux mêmes vont me reprocher de les cantonner dans cette seule spécialité !), thème d'un de mes papiers de l'hiver dernier que je vous invite à relire d'où il ressortait d'excellents rosés de millésimes passés deLa Tour du Bon, Pradeaux, La Bégude, Souviou, Sainte-Anne, L'Olivette, Les Salettes, Tempier... j'en passe et des meilleurs.

Le rosé conçu pour être bu toute l'année par Éric et sa jeune équipe, n'est pas qu'une simple idée lancée en l'air de cuvée haut de gamme à tirage limité et encore moins une énième cuvée marketing de rosé chic à la Brad Pitt ou à la Sacha Lichine. Il se veut, à mon avis, l'égal de son grand rouge ou de son grand blanc. Mais, comme il me l'a laissé entendre, Éric de Saint-Victor voudrait surtout créer un mouvement entre vignerons du cru qui le souhaitent dans le but d'inscrire le rosé dans l'expression de Bandol, au travers d'initiatives qui permettraient de repositionner ces vins dans cette couleur, de les inscrire comme étant spécifiquement Rosé de Bandol. Pour ce premier 2014, résultat d'une pressée directe sur un pur Mourvèdre, contrairement à sa cuvée classique qui est le fruit d'un doublé (pressurage et saignée) sur le Mourvèdre accompagné de Cinsault à 35 %, le vin a été vinifié et élevé 6 mois en un foudre autrichien Stokinger et en jarres de grès de marque Clayver fabriquées en Italie et déjà utilisées par des vignerons aussi variés que Benoît Tarlant, Philippe Viret et Bonny Doon.

Et alors, comment est-il ce rosé ? J'avoue humblement que je n'ai pas encore goûté le vin de cette cuvée Nuances tirée à 3.500 exemplaires et commercialisée autour de 24 € départ cave. Je prévois d'en ouvrir un exemplaire d'ici Noël (l'idée première d'Éric était de concevoir un rosé d'automne) ou même après, avant d'aller goûter sur place l'édition 2015 fin avril 2016 au moment de sa mise. Mais cela ne m'empêche pas de trouver l'initiative vraiment originale car elle permet de sortir de l'imagerie un peu stupide et simpliste qui entoure le rosé : le vin qui serait soit bêtement aromatisé - et dieu sait que ça marche en grande distribution -, soit un vin de plage à différents niveaux, celui réservé aux bidochons qui défilent devant les yachts à Saint-Tropez ou à Cannes, soit un rosé bling-bling vendu en jéroboam à de grandes fortunes russes ou chinoises dans les boîtes de nuit huppées de la planète. Maintenant que le rosé connaît un énorme succès, il serait temps de le repositionner et de le concevoir comme un vin à part entière capable d'accompagner les mets les plus fins.

Mais bon, ça fait plus de 20 ans que je prêche ainsi... Et je ne suis pas le seul. Suffit de lire tous les bons articles écrits sur le rosé par le club des 5 pour s'en rendre compte.

Michel Smith

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